Maître Eckhart

"Lorsque l'homme se détourne des choses temporelles et se tourne en lui-même, il perçoit une lumière céleste qui vient du ciel."

Oeuvres, sermon n°29, traduit par Alain de Libéra.

Poème

I
Au commencement
au-delà du sens
est le verbe.
Ô le trésor si riche
où commencement fait naître commencement !
Ô le coeur du Père
d'où à grand-joie
sans trêve flue le Verbe !
Et pourtant ce sein-là
en lui garde le Verbe. C'est vrai.

II
Des deux un fleuve,
d'Amour le feu,
des deux le lien
aux deux commun,
coule le Très-suave Esprit
à mesure très égale,
inséparable.
Les Trois sont Un.
Quoi ? Le sais-tu ? Non.
Lui sel sait ce qu'Il est.

III
Des Trois la boucle
est profonde et terrible,
ce contour-là
jamais sens ne saisira :
là règne un fond sans fond.
Echec et mat
temps, formes et lieu !
L'anneau merveilleux
est jaillissement,
son point reste immobile.

IV
Ce point est la montagne
à gravir sans agir
Intelligence !
Le chemin t'emmène
au merveilleux désert,
au large, au loin,
sans limite il s'étend.
Le désert n'a
ni lieu ni temps,
il a sa propre guise.

V
Ce désert est le Bien
par aucun pied foulé,
le sens créé
jamais n'y est allé :
Cela est ; mais personne ne sait quoi.
C'est ici et c'est là,
c'est loin et c'est près,
c'est profond et c'est haut,
c'est donc ainsi
que ce n'est ça ni ci.

VI
C'est la lumière, c'est la clarté
c'est la ténèbre,
c'est innommé,
c'est ignoré,
libéré du début ainsi que de la fin,
Cela gît paisiblement,
tout nu, sans vêtement.
Qui connaît sa maison,
ah ! qu'il en sorte !
et nous dise sa forme.

VII
Devienstel un enfant,
rends-toi sourd et aveugle !
Tout ton être
doit devenir néant,
dépasse tout être et tout néant !
Laisse le lieu, laisse le temps,
et les images également !
Si tu vas par aucune voie
sur le sentier étroit,
tu parviendras jusqu'à l'empreinte du désert.

VIII
Ô mon âme,
sors ! Dieu, entre !
Sombre tout mon être
en Dieu qui est non-être,
sombre en ce fleuve sans fond !
Si je te fuis,
Tu viens à moi.
Si je me perds,
Toi, je Te trouve,
Ô Bien suressentiel !

Maître Eckhart

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Prière.

"Seigneur, ne donne rien que ce que tu veux, et fais, Seigneur, ce que tu veux et comme tu le veux en toute manière."

Si on fait sa prière de cette façon, on a bien prié, quand dans la vraie obéissance on es sorti de soi pour entrer en Dieu.

Discours du discernement, Arfuyen

Le Monde Sacré d'Emmanuel

 



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Le Nom Invoqué

La Lumière de l'aube du Vrai jour
Eclaire l'Etre celui Désigné.
Son coeur maintenant vraiment libéré
Lui ouvre le vestibule de l'Unique Palais
Où séjourne l'Amour du Nom Invoqué.

La Lumière de midi du Vrai jour
Eclaire l'Etre celui Désigné.
Ses Yeux s'émerveillent des bourgeons
Du jardin sacré bruissant de mille chants
Où demeure l'Arbre de la Vérité.

La Lumière du crépuscule du Vrai jour
Eclaire l'Etre celui Désigné.
Son esprit enfin dévoilé entend
Le Maître s'en aller doucment
Laissant place à la Grande Paix.

La Lumière de minuit du Vrai jour
Eclaire l'Etre celui Désigné.
Son souffle devenu éternel
Trouve dans l'immensité étoilée
Le repos auprès du Nom Invoqué.

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